Alice et David Bertizzolo forment le « Studio Bertizzolo ». Couple d’artistes plasticiens, ils sont les concepteurs, les réalisateurs et les photographes de leurs installations. L’un, David, est architecte. L’autre, Alice a étudié la philosophie. Ils conçoivent leurs œuvres comme on sculpte dans l’espace ; dans un équilibre fragile entre le temps et l’espace. Symbiose du travail en volume et de la dialectique, leur travail, monumental, in situ, est l’expression d’un désir : celui de capturer le temps, d’immortaliser comme on photographie un instant de vie fugace. Alice et David Bertizzolo sont sensibles à la mémoire partagée, la « madeleine de Proust » ; ce moment ou cet objet du quotidien qui provoque la remontée soudaine d’un souvenir sensoriel ; celui d’un bateau de papier que nous faisions voguer sur l’eau, d’un pissenlit sur lequel nous soufflions avant de faire un vœu, d’un vol de milliers d’oiseaux dont nous surprenions la chorégraphie aérienne.

Alice et David Bertizzolo utilisent la récurrence. Leurs créations sont basées sur la multiplication du même qui, collectivement, forme une entité nouvelle. L’objet travaillé est «usuel», la forme simple, industrielle, le produit du «quotidien».

Alice et David Bertizzolo, artistes plasticiens

Leur désir est celui d’une élévation, d’un travail monumental à l’échelle réaliste questionnant la notion d’inaccessibilité et d’un sentiment métaphysique puissant.

Leurs installations suscitent le trouble, le doute chez celui qui regarde. Les formes invoquées sont «naturelles» mais crées avec un «produit» dit «culturel», manufacturé ou industriel. Pratique et esthétique sont mises en dialectique. Il y a un désir de corruption de l’objet, de perturbation des mesures, des proportions. La lourdeur des matériaux utilisés peut prendre ainsi l’apparence d’une extrême légèreté qui vient contraster avec la performance des artistes dont le corps est mis à l’épreuve. En résidence de création au sein d’une usine, Alice et David Bertizzolo travaillent au diapason, en rythme avec les ouvriers, intégrés à leur lieu de travail, soumis aux 3/8. Ils exécutent les gestes répétés, machinaux, en mimétisme avec ceux des ouvriers ou des artisans, ceux qui travaillent leur ouvrage, ceux dont le geste devient esthétique par l’expérience de sa constante répétition qui, à « force », fatigue, transforme le corps.

Leurs sculptures sont imaginées autour de la notion d’étonnement et de dérèglement des perceptions. Celui qui regarde doit constamment changer de focale sur l’œuvre. Le regard de l’autre est délibérément mis dans une position de tentative d’appréhension en déséquilibre constant. Il s’agit d’entrer en relation avec l’autre de façon active. Les corps doivent être stimulés. L’œuvre est appréhendée par l’optique, le mouvement, les jeux de lumière, l’interactivité dans une expression ludique spontanée. Leurs installations, pourtant fixes, donnent l’illusion d’un mouvement, d’une force cinétique, d’un dérèglement du focus. Il faut tourner autour, s’éloigner de centaines de mètres, faire le tour, regarder, voir, bouger, supposer, imaginer, éprouver. Les émotions et la compréhension sont mises en tension. L’expérience transcende la trivialité de l’objet.

Les formes architecturales postmodernes, les nouveaux réseaux de communication, la cybernétique, l’intelligence artificielle, le principe de récursivité font partie de leurs recherches actuelles. Les progrès de l’imagerie 3D semblent fascinants en tant qu’objet d’étude. Leur travail est le fruit d’un paradoxe ; rendre palpable le virtuel, le pixel, le voxel, les images 3D grâce à la matière. C’est l’expression plastique d’une révolution mondialisée de l’image.